En parcourant le forum de dividende.be, j’ai remarqué que plusieurs membres possédaient Tigenix (BE0003864817) en portefeuille ou comptaient l’acquérir. Curieux comme toujours, je me suis donc penché sur cette entreprise de Leuven et ai examiné leur produit phare : le chondrocelect.Je vous fait donc part de mes observations, qui sont d’ordre purement médical (j’espère que ce ne sera pas trop rébarbatif, mais ce serait difficile de ne pas rentrer dans les détails un minimum).
Utilité du produit?
Le chondrocelect est utilisé dans une procédure de chirurgie orthopédique appelée ACI (Autologous chondrocyte implant), dans le cadre de lésions localisées du cartilage.
Pour synthétiser, on retire un morceau sain de cartilage du patient (phase 1), on le fait croître en culture (hors du corps) (phase 2) et on le réimplante dans le patient (phase 3) en le protégeant par une membrane (sorte de « bâche » qui recouvre l’implant, le temps de le laisser « prendre »).
On utilise cette technique pour réparer des défects/lésions au niveau du cartilage, souvent occasionnée par des traumatismes (sport ou autre). Il s’agit donc d’une technique pour soigner des sujets jeunes (sportifs, etc.), pas du tout pour soigner l’arthrose (contre indication de l’ACI) ; il ne faut surtout pas voir cette technique comme le remplaçant des prothèses de genou, la cible est tout à fait différente. Je préfère le stipuler car j’ai déjà lu le contraire.
Le rôle du chondrocelect sera de favoriser la croissance d’un cartilage de qualité lors de sa « culture » (voir phase 2).
La place de l’ACI dans la prise en charge des défects du cartilage
Avant tout, il faut savoir que l’ACI n’est pas la seule technique à être proposée pour s’occuper de ce type de lésions.
Il existe en effet différentes alternatives:
1. Microfracture: on « blesse » l’os sous-jacent au cartilage pour le faire saigner, ce sang vient remplir le defect dans le cartilage et on espère que ce caillot, en se résorbant, va laisser place à un tissu fibreux ; une sorte de cicatrice ((de qualité bien moindre que le cartilage, mais au moins la lésion est bouchée).
2. Mosaicplasty: plus évoluée, cette technique consiste à prélever des cylindres de cartilage sain et les réimplanter (en une étape, pas de passage par la phase culture) sur le site défectueux. Technique assez bien maitrisée aujourd’hui.
Actuellement, il n’est pas raisonnable de se baser sur une seule étude pour juger de la qualité d’un traitement.
C’est pour cela que certains groupes de recherche indépendants ont été formés pour faire des « review » de l’ensemble des études qui répondent à une série de critères de qualité pour en ressortir une recommandation. En voici une première, et une autre de 2008.
Quelles sont les conclusions de ces reviews ?
Malheureusement pour Tigenix, il semblerait à ce jour qu’il n’y ait pas de réelle évidence de la suprématie de l’ACI dans la prise en charge de ce type de pathologie. Au contraire, il ressort que la mosaicplasty se révèle plus efficace, tout en étant moins chère.
Tigenix met en avant son étude TIG/ACT qui « prouve » que son chondrocelect est plus efficace. Mais (le hasard fait bien les choses) la comparaison se fait avec un groupe étant traité par microfracture (la moins efficace des autres techniques), or on sait que l’ACI est plus efficace que la microfracture, même avant l’utilisation du chondrocelect.
Enfin, si l’on admet que l’ACI sera dans quelques années le traitement de référence pour les lésions cartilagineuses (ce qui, je le rappelle, est loin d’être une évidence à ce jour), un autre problème reste à soulever.
Une variante de la technique s’est développée: MACI (matrix-induced autologous chondrocyte implantation) où les chondrocytes (cellules cartilagineuses) sont celés dans une membrane de collagène qui sera appliqué sur la lésion.
La comparaison de ces deux techniques semblent montrer un avantage pour la MACI: plus facile et plus rapide (je vous laisser deviner si cela va être un critère de choix pour les chirurgiens), pas de suture, un meilleur taux d’amélioration clinique, c’est-à -dire ce qui intéresse le patient).
Quelle alternative à Tigenix?
Tant qu’à spéculer sur le futur succès de l’ACI/MACI (car il faut bien admettre que sur papier cette technique est séduisante), autant investir chez les concurrents de Tigenix qui ont opté pour la technique MACI: Genzyme (US3729171047).
Ce titre me semble en outre abordable pour le moment, ayant subit une perte de 20% de sa valeur en juin suite à la contamination d’une de ses lignes de productions par un virus (ce sont des choses qui arrivent plutôt souvent). Les derniers tests montrent que la désinfection a bien été menée, et la production de cette division devrait repartir, si ce n’est déjà fait.
Par rapport à Tigenix, ils ont bien plus de produits sur le marché mais ont surtout un pipeline impressionnant, très diversifié en biotech, voyez plutôt ici.
En conclusion, au vu des données de la littérature médicale, je n’investirais pas dans tigenix. Par contre, la société américaine Genzyme pourrait se révéler très rentable.
Article écrit par Gemini, Dividende.be ©
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