Secteur pharmaceutique
http://www.mannkindcorp.com/about-us.aspx
En quête de sensation? Essayez un shoot d'insuline (MNKD)
Vous avez fait la fête toute la nuit du nouvel an et cherchez le moyen de prolonger quelque peu cette euphorie?
De commencer cette nouvelle décennie boosté par un shoot d'adrénaline?
De rendre vos soirées trépidantes, pleines de suspense?
Ne cherchez plus, j'ai ce qu'il vous faut.
Si t'en veux, j'en ai...
Bon, que les choses soient claires, c'est du spéculatif.
Et loin d'être dénué de risque (du genre perte de 50% de son investissement).
D'ailleurs, on va commencer par quelques chiffres dire de tempérer les ardeurs des plus téméraires:
Capitalisation boursière proche du milliard de $ (112 millions d'actions à $8,76).
Consomme presque 50 millions par trimestre, et ne rapporte rien, pas un $ de revenu.
Du cash pour tenir jusqu'à début 2011 et puis plus rien.
Il me semble avoir vu qu'ils ont quelques dettes à plus long terme aussi, de l'ordre de $200M je pense.
Voilà de quoi en refroidir plus d'un!
Toujours là ?
Alors allons-y, faites-vous plaisir, c'est moi qui offre.
La société qui nous intéresse aujourd'hui est Mannkind, biopharma basée à Valence, aux USA.
Elle a actuellement deux produits principaux dans son pipeline:
1. le MKC 1106, immunothérapie contre le cancer (mélanome et autres cancers solides comme celui de la prostate) dont l'étude entre en phase II.
Probablement très prometteur mais beaucoup trop loin d'une commercialisation pour s'en énerver.
2. l'AFRESA. Une insuline. Qui devrait recevoir l'autorisation de commercialisation par la FDA d'ici le 16 janvier 2010.
Jusque là , rien de sensationnel; sauf si l'on rajoute que cette insuline n'est plus à injecter mais à inhaler.
(c'est normalement à ce moment que vous devez sentir les prémisses de l'excitation promise)
Quelques mots sur le diabète (résumé extrême)
Commençons par la prévalence actuelle et future de cette maladie, dire de savoir de quoi on parle.

(image tirée de diabetesatlas.org, NAC=USA; MENA= Middle East et Nord Afrique; SEA=Asie sud est; EUR= Europe; SACA= Amérique du sud et centrale; WP= Western Pacific, AFR= Afrique).
Si vous préférez une belle carte, regardez ici: http://www.diabetesatlas.org/map
Deux types de diabète; le I et le II.
Le type I étant du à une atteinte auto-immune du pancréas, détruisant les cellules créant l'insuline, le type II étant du à un manque de production ou d'efficacité de l'insuline.
Si le type I (10 à 15% des diabètes) est d'emblée traité par de l'insuline , le type II se verra en général proposer des antidiabétiques oraux (qui augmenteront la production et l'efficacité de l'insuline endogène) mais finira bien souvent par recevoir lui aussi de l'insuline.
L'insuline, mode d'administration
A ce jour, le seul moyen d'injection encore commercialisé pour l'insuline est en sous cutané, que ce soit au moyen de seringue, de stylo ou encore de pompe à insuline telle que celles développées par minimed (le monde étant petit, minimed a justement été créée en 1979 par Al Mann, CEO de MannKind; l'histoire se répète
De septembre 2006 à octobre 2007, Pfizer a proposé l'Exubera première insuline à inhaler.
Cependant, les résultats pour pfizer ont été tellement décevants (à peine 1% des prescriptions) que la commercialisation en a été stoppée.
Plusieurs raisons à cet échec:
1. Le dispositif pour inhaler était peu pratique, ne permettant pas une adaptation des doses mais surtout énorme, de la taille d'un concombre, plutôt stigmatisant pour le patient.
De plus un training intensif du patient était nécessaire pour assurer une bonne utilisation du dispositif.

La photo est grande mais c'est pour donner l'opportunité à FAUCHE de voir le dispositif en taille réelle sur son écran 42".
Une autre photo pour que vous compreniez mieux la gêne pouvant être occasionée dans certains cas par ce concombre.

2. L'insuline utilisée semble n'avoir été que moyennement efficace, en tout cas guère plus que l'insuline classique injectable.
3. Le prix de ce système étant deux fois plus élevé que l'insuline injectable, beaucoup de pays n'ont pas accordé de remboursement, le patient se voyant obligé de payer lui-même son traitement
4. Le lancement d'Exubera est probablement intégré aux cursus de marketing, en tant qu'exemple à ne pas suivre: mauvais ciblage, problème de production rendant le produit peu (ou pas) disponible en pharmacie, etc...
5. Et pour parachever le tout, des soupçons ont commencé à peser sur l'Exubera concernant son implication dans la survenue d'un certain nombre de cancers du poumon (à ce jour, rien n'a vraiment pu être prouvé, mais le doute persiste).
Le naufrage de l'Exubera a abouti à l'arrêt du développement des insulines inhalées aussi bien chez Eli Lilly que chez Novo Nordisk.
Seul Mannkind a continué à développer son insuline Inhalée Afresa avec sa technologie technosphère.
Les chances d'Afresa, réelles?
D'ici ce 16 janvier, la FDA devrait approuver l'AFRESA.
En effet, celle-ci présente de nombreux avantages par rapport à l'exubera (qui rappelons-le a été arrêtée par choix de pfizer et non par retrait de l'autorisation de mise sur le marché).
1. Alors que l'exubera n'arrivait à atteindre l'efficacité des insulines classiques, l'afresa les surpasse dans les études de phase 3, s'offrant le luxe de diminuer très significativement les épisodes d'hypoglycémie chez les patients.
En outre, si la prise d'insuline s'accompagne généralement d'une prise de poids (effet secondaire classique), il n'en a rien été avec l'Afresa.
Ces effets s'expliquent par la pharmacocinétique du produit, atteignant son effet maximum au bout d'une dizaine de minutes, contre une trentaine pour les insulines classiques, évitant de ce fait l'hyperglycémie post prandiale.
2. Le prix a déjà été discuté par Mannkind avec les assureurs et ne devrait pas dépasser de 5% les insulines classiques.
3. Le dispositif est beaucoup plus simple et beaucoup plus petit. De ce fait, il est beaucoup plus facilement acceptable par le patient. En plus, il ne nécessite pas un entrainement intensif du patient pour en faire un bon usage.

Aussi, courant 2010, Mannkind devrait introduire une demande complémentaire pour leur nouveau système encore plus discret, le dreamboat (la demande n'a pas été jointe ultérieurement à celle de l'Afresa pour ne pas retarder inutilement l'autorisation de celui-ci)

4. Le risque de pathologie pulmonaire médiée par ce type d'inhalation a naturelement été suivi de très près par Mannkind au vu des déboires de pfizer. Aucune différence entre les deux groupes (utlisateurs contre non utilisateur) n'a été relevée.
Même après 5 ans d'utilisation (CT scan haute définition + épreuves fonctionnelles respi à l'appui).
5. Le procédé développé par Mannkind appelé technosphère consiste en de fines particules d'insuline humaine recombinée séchées pour en faire une poudre en milieu acide (<7). Une fois inhalée, cette poudre se dissout instantanément sous l'effet du milieu alcalin (PH 7,4) du poumon. De là , elle passe dans la circulation sanguine beaucoup plus rapidement que suite à une injection sous cutanée.
6. L'autre avantage de cette poudre se trouve au niveau de sa conservation: plus besoin de le garder au frigo, ce qui n'est pas le cas de l'insuline "liquide".
Quel marché si la FDA donne son accord.
L'Afresa est une insuline ultrarapide, c'est à dire qu'il faut la prendre avant chaque repas (contrairement au insuline longue action qui agissent durant toute la journée).
Cette utilisation est plus proche du fonctionnement "normal" de l'être humain: chez un individu sain, le pancréas délivre l'insuline lors du repas.
Il est indiqué aussi bien pour le type I (en association avec une insuline longue action) que pour le type 2 (ou elle se suffirait à elle seule).
Actuellement, dans la pratique, on a tendance à reculer au maximum la mise en place d'un traitement à base d'insuline pour le type 2, quitte à multiplier les médicaments (il n'est pas rare de voir un patient devant prendre plus de 6 comp/jours rien que pour son diabète).
Le passage aux injections est souvent un cap difficile pour le patient. Encore plus lorsqu'il s'agit de patients âgés, présentant souvent des difficultés importantes à gérer les dispositifs d'injections.
Je suis convaincu que le passage à une forme inhalée de l'insuline sera un grand pas dans l'acceptation de ce traitement.
Si plus personne ne se choque du quidam faisant son puff de ventolin, le patient ayant l'idée saugrenue de sortir son matériel d'injection d'insuline au restaurant devant les autres convives est assuré de se retrouver rapidement au centre de l'attention de tout le restaurant.
Vous l'aurez compris, je suis particulièrement emballé par ce nouveau médicament, et je ne doute pas (au vu des données actuellement publiées) de sa commercialisation. MannKind non plus, ayant déjà acheté en mars une entreprise allemande fabricant de l'insuline en vue de pouvour produire de façon indépendante le nécessaire pour lancer la commercialisation de l'Afresa.
Grâce à ses avantages par rapport aux insulines injectables, il est probable qu'elle occupent rapidement une grande part de marché.
Un rapide calcul qui ne rime à rien, ou presque (je n'ai pas les chiffres de consommation précis, mais ça donne une idée)
Une boite de 5 ampoules de 3ml de mixtard (insuline classique), de quoi souvent tenir moins d'un mois pour un patient atteint d'un diabète de type 2, coute 37€ à l'inami, soit près de 444€/an/patient à l'INAMI.
7% des belges sont atteints de diabète, soit 700.000 personnes.
15% des types 2 sont sous insuline (en augmentation, et augmentera d'après moi encore si on passe à une forme inhalée).
Soit 30% (avec les type1) des diabétiques sous insuline, disons 200 000 belges.
Cout global de l'insuline: 88 millions d'euro/an, rien que pour notre plat pays.
Le même calcul aux USA donne un cout annuel de 4 milliard d'euro (10% de diabétique et 300 millions d'habitant).
A votre avis, quelle part de marché une insuline inhalée peut-elle prendre?
Et vous? Si vous aviez le choix? Seringue ou inhalateur?
L'insuline a toujours tiré la science médicale en avant:
Première protéine étudiée, cartographiée, représentée en 3D, première synthétisée et première biotechnologie à être vendue à si grande échelle.
J'ose espérer qu'elle va maintenant nous ouvrir la voie d'un nouveau mode d'administration.
Gemini





